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Manson ‡ PEROU
21 Years in Hell
Dossier spécial

Difficile de passer à côté du travail du photographe britannique Perou avec Marilyn Manson. Il est l’auteur de la pochette de son dernier album en date, Heaven Upside Down, ainsi que de magnifiques clichés utilisés pour les campagnes publicitaires de Mechanical Animals, Holy Wood, The Golden Age of Grotesque, EAT ME DRINK ME, et Heaven Upside Down. Il a photographié Manson pour la collection 2005 de Vivienne Westwood ainsi que pour de nombreux magazines parmi lesquels Time Out, KERRANG! et Metal Hammer. Il a même participé à la production des films de tournée God is in the TV et Guns, God and Government. Nous avons eu l’opportunité de nous entretenir avec lui de ses vingt-et-une années de collaboration avec le révérend, que vient célébrer le livre 21 Years in Hell, à paraître chez Reel Art Press.

L'entretien

PEROU et Marilyn Manson sur le tournage de mOBSCENE

Pour les fans de Marilyn Manson qui ne te connaissent pas, pourrais-tu te présenter ?

Je suis un photographe anglais. En général, je photographie les gens, bien que j’aie récemment pris en photo des tigres, des lions et divers autres gros félins dans un studio. Je me suis installé dans la tanière du lion.

Qu’est-ce qui t’as donné envie de devenir photographe ?

Je pensais être routier ou missionnaire chrétien en Afrique, mais j’ai eu une crise de doute et je me suis rendu compte qu’être routier en Angleterre ne serait pas comme conduire de gros engins de forage en Amérique, comme dans le film des années 70 Convoy. Je suis devenu photographe par hasard, j’étais plutôt doué et j’aimais ça. J’aime toujours prendre des photos, c’est ma passion et mon obsession.

Peux-tu nous parler de la première fois que tu as pris Manson en photo à Amsterdam en 1998 ? Comment ça s’est passé ?

En fait, la première séance photo était en 1998 à Los Angeles. Le magazine Time Out m’avait demandé de le photographier pour leur numéro de Pâques. La photo de couverture était sous-titrée Jesus Christ?. J’étais déjà fan de sa musique, j’écoutais Smells Like Children aussi fort que possible en conduisant mon Trans Am de 1982 à Londres, toit ouvert.

Poster de la tournée Rock is Dead, signé pour PEROU
« Ça c'est la première photo du groupe que j’ai prise et qu’ils ont utilisée comme affiche de tournée et qu’ils m’ont signée. Manson avait écrit "ta vie ne sera plus jamais la même", et c’est vrai ».

Depuis cette date, tu l’as photographié plus que quiconque. On a compté une cinquantaine de shootings différents. Je suppose que vous avez une sorte de rituel ?

Wow, je n’ai jamais compté moi-même. Pas certain d’un rituel ? Je ne viens jamais à un shooting, pour qui que ce soit, avec des idées nettes ou préconçues. Je pense que si tu planifies trop ça sera toujours différent de toute façon, ou que si tu planifies trop et que tu respectes ce qui a été décidé, tu perds l’occasion rêvée que la magie que tu n’avais pas prédite s’opère. Des choses merveilleuses surviennent lorsque tu les laisses se produire. Parfois, j’esquisse mal mes idées ou l’ambiance avec les lumières, mais tous mes shootings sont essentiellement en freestyle, quelquefois autour d’un thème ou d’une idée.

La première fois que j’ai photographié Manson, j’étais sûrement nerveux parce qu’il était une rock star et que j’étais un jeune photographe anglais sans grande expérience. Au fil des années, on a appris à se connaître donc on sait ce que chacun attend de l’autre. Étonnamment, nous ne sommes pas coincés dans une routine où nous tournons en rond autour des mêmes idées.

Comme vous l’avez vu, à chaque fois qu’on shoote c’est différent, on se doute que j’ai pris la photo mais Manson évolue constamment. Parfois je n’aime pas photographier les gens plus d’une fois. J’apprécie toujours photographier Manson. Beaucoup de photographes ont une vision créative qu’ils veulent imposer à la personne qu’ils prennent en photo. J’ai toujours su que Manson était un artiste qui n’avait pas besoin que je lui fasse trop de commentaires pour lui dire quoi faire. Des fois je lui dis si quelque chose me semble bizarre, une tenue ou une pose, mais souvent j’essaie juste de le suivre et de prendre en photo ce qu’il me présente sans trop intervenir.

Je ne veux pas entrer dans la voie de la grandeur, je veux juste la capturer. Jay-Z m’a dit une fois, lorsque je lui disais ce que je voulais qu’il fasse pendant un shooting : « Il ne s’agit pas de toi, mais de moi », et c’était un bon conseil pour un photographe. Les photographes doivent comprendre qu’il n’est pas question d’eux mais de la personne qu’ils prennent en photo, sauf si c’est un selfie.

Marilyn Manson à Moscou

Tu as accompagné Manson en tournée plusieurs fois, as-tu des expériences mémorables que tu voudrais bien nous raconter ?

Euhmm, je n’aime pas trop parler de mes mésaventures. Mais je parle de plusieurs moments dans le livre, comme payer pour qu’on m’aide à quitter la Russie ou être sur scène quand le rideau tombe et que Manson commence à chanter mais que j’étais tellement ivre que j’étais là, incapable de prendre une photo. Être en tournée a été difficile pour moi car, contrairement à Manson, je n’avais personne pour faire ma lessive ou préparer mon matériel, je devais prendre soin de moi tout seul. J’ai passé de très bons moments en tournée mais après plusieurs jours d’affilée, ça devenait particulièrement difficile à vivre, personnellement. Désormais, je ne me bourre plus la gueule donc je prends beaucoup plus de photos quand je pars en tournée. C’est mieux pour tout le monde, à tous les niveaux.

Tu as aussi réalisé quelques documentaires et clips musicaux pour Manson. Est-ce que c’est quelque chose qui pourrait se reproduire à l’avenir ?

Je pourrais tourner plus de vidéos, Manson m’encourage souvent à le faire. Mais je préfère prendre des photos plutôt que réaliser. Photographier est une activité beaucoup plus autonome et gratifiante qui prend effet immédiatement alors que pour les films, ça implique trop de monde et trop de pré et post production. Je vois toujours le monde en images fixes. Je sais que l’image animée est sûrement la voie à suivre, mais il faut qu’on m’entraîne là-dedans. Les images rockumentaires que j’ai tournées ont été entièrement montées par mon ami bien-aimé Bill Yukich, et il a vraiment réalisé la vidéo WE KNOW WHERE YOU FUCKING LIVE entièrement tout seul, mais il a eu l’amabilité de me créditer pour ma participation… En toute honnêteté, Bill a tout fait. C’est lui qui a réalisé et monté les quatre ou cinq autres vidéos suivantes.

Manson a peint un portrait à l’aquarelle de toi, et a peint directement sur ton visage pour ton projet et livre Coulrophobia en 2015. Il est intéressant de souligner que votre collaboration fonctionne dans les deux sens.

C’était cool que Manson participe au livre Coulrophobia et je lui en suis reconnaissant, mais ça ne m’étonne pas qu’il puisse maquiller facilement, ce con est vraiment bon à tout. J’ai été surpris quand j’ai vu qu’il avait fait un portrait de moi et depuis, j’essaie de me procurer une reproduction mais je n’en ai toujours pas.

PEROU par Marilyn Manson

Comment vous est venue l’idée de publier un livre ensemble ?

Que pourrais-je faire d’autre avec vingt-et-un ans d’archives ? Ce n’est pas comme si nous avions décidé de faire un livre dès le départ et ce n’est que récemment que je me suis rendu compte à quel point on a accumulé des images de notre travail ensemble, donc on se devait de faire un livre. C’est très dur de mettre vingt ans de photos en un seul livre. Mais je crois que Peter and Paul, mon designer préféré, a fait un excellent travail. Je travaille avec son agence depuis presque aussi longtemps que je prends Manson en photo. Et il n’y a pas que des tonnes d’images, il y a aussi une très longue discussion qui les accompagne, le texte donne vraiment une plus-value au livre. J’ai hâte de le partager avec tout le monde.

De quelle façon avez-vous sélectionné les photos qu’on retrouve dans le livre ? Quels étaient les critères ?

Le texte et les images. Donc, comme vous le verrez, le livre est volontairement décalé pour la structure et confus dans le temps. C’est pour ça que je ne me souviens pas correctement de l’ordre des événements. Beaucoup de mes souvenirs du temps passé avec Marilyn Manson sont vagues et flous. Tout ce dont je me souviens, c’est que j’ai d’abord tout imprimé sur des planches-contact, que j’ai pris l’avion pour Los Angeles pour passer en revue les photos avec Manson toute une nuit chez lui. Il était ravi des archives et a à peu près dit qu’il acceptait toutes les photos. Ensuite, Paul et moi avons corrigé le plus possible cet énorme livre et on a fait une sorte de première esquisse assez sommaire. Je voulais mettre autant de photos inédites que possible et je voulais inclure des images de chaque shooting. Rien n’a été laissé de côté, tout y est. Mais bien sûr, on n’a pas pu mettre toutes les images. Il y en a donc encore beaucoup d’inédites. Ce week-end-là, j’ai encore photographié Manson et on a donc dû ajouter ces photos au livre. Je pense que c’est à ce moment-là que j’ai changé le plan de conception du livre et je me souviens avoir brûlé la première version dans le jardin de Bill.

En revenant en Angleterre, Paul a continué à confectionner une nouvelle maquette du livre avec notre sélection de photos. Pendant une autre longue nuit chez Manson, on s’est enregistré pendant 7 heures en train de raconter des anecdotes sur les photos. Manson se souvient plus que moi. Mais nous avions aussi des souvenirs différents des mêmes évènements, comme le jour de Columbine, j’étais en tournée avec Manson quand la nouvelle est tombée. Ce week-end-là, on a fait un autre shooting, donc ces photos se devaient d'y être. Je suis revenu à Londres avec de nouvelles photos et 7 heures d’audio difficiles à comprendre et à écouter. J’ai essayé d’utiliser un ordinateur pour transcrire notre conversation mais cela faisait de mauvaises traductions de notre discussion. Par exemple, « doomed shoe » devenait « gym shoe », « I pitch and you catch », ça faisait « I pissed in your case », « junk files » pour « John 5 », « knife » devenait « nice enemy ». Comme tu peux le deviner, ça rendait les choses un peu difficiles. Il m’a fallu une semaine pour transcrire correctement le texte et ensuite on a dû le modifier en fonction de ce qui était intéressant et pertinent.

Marilyn Manson en 2019

Je suis une fois de plus retourné à Los Angeles, pour photographier James Corden pour un magazine anglais, et j’ai de nouveau appelé Manson pour valider le texte modifié. Il voulait qu’on relise nos parties. Il était tard et j’étais fatigué, j’essayais d’accélérer la lecture. Donc, je disais ma partie « Perou dit » puis ensuite j’accélérais pour la partie de Manson « Manson dit... », mais Manson n’avait pas fait ses parties « Tu fais mal mon accent ». Il insistait pour lire lentement ses propres parties. Ce qu’on a gardé est épique, j’adore que ce soit quelque chose de concret qui puisse être conservé et chéri pour toujours. Le numérique c’est tellement éphémère pour moi. Ça, c’est quelque chose, quelque chose d’incroyable.

Y a-t-il d’autres personnes que tu aimerais photographier ?

J’aimerais photographier tout le monde.

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  • Livre regroupant plus de 350 photographies
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